« Parlons d’abord du mot « médecine ». Il ne veut pas dire la même chose pour vous et pour moi. Dans certaines spiritualités, les mots peuvent prendre une acception plus englobante que dans d’autres. Pour nous, il n’y a pas de limite entre la médecine, la religion et la manière de conduire sa vie.
Il s’agie de la même notion, pour laquelle nous utilisons ici votre mot « médecine ».
C’est pourquoi, plutôt que celui d’homme-médecine, certains emploient le terme « chaman », qui a selon eux l’avantage de cumuler la notion de guérisseur avec celle de visionnaire. Le chaman est un peu celui qui sert d’intermédiaire entre le visible et l’invisible.
Si nous sommes à ce point aussi embarrassés par le terme d « homme-médecine », c’est aussi parce qu’une langue traduit les valeurs de ceux qui la pratiquent. A ce titre, un mot unique dans un langue se traduira par plusieurs mot dans une autre. Chez vous, la spiritualité n’est qu’un élément de la culture humaine parmis d’autres ; c’est pourquoi le mot homme-médecine vous paraît suffisant quand vous pensez à nos dons guérisseurs. En revanche, la spiritualité est chez nous la notion essentielle, celle autour de laquelle gravitent toutes les autres ; alors, puisque la notion est riche, le vocabulaire l’est aussi. Je vais donc vous parler des différents mots que vous traduisez, si pauvrement, par « homme-médecine ».
Vous verrez que chacun d’eux décrit une pratique différente de nos thérapies, doublée d’une relation particulière avec les Esprits. Unifier ces notions comme vous le faites reviendrait à n’avoir qu’un seul mot pour traduire cardiologue, pneumologue ou dermatologue, psychologue, prêtre et philosophe !
Dans notre vocabulaire, il existe sept sortes d’hommes-médecine, autant que de rites révélés par la Femme-Bison, ou que de feux du Conseil :
Le Heyoka, qu’on appelle aussi « contraire », ou « clown sacré », fait tout à l’envers. Il peut ainsi se rendre cocasse et drôle. Pourtant, il détient de grands pouvoirs qui lui viennent du Tonnerre, comme le don de protéger les siens des intempéries. Le Heyoka parle aux Esprits du temps. Il peut provoquer la pluie ou dévier la tornade. Les Heyokas sont très peu nombreux. Presque tous vivent dans la Dakota du sud. L’un d’eux est resté célèbre. Il s’agit de mon parent Nicholas Black Elk. Son enseignement a fait le tour du monde, car il est l’un des plus grands visionnaires de la nation Lakota.
Le Pejuta Wicasa détient, poussé à l’extrême, le pouvoir des plantes. Il sait les choisir, à la fois en fonction de votre maladie et des réactions spécifiques de votre corps. Beaucoup de Pejutas sont des femmes, qui exercent leurs dons de la puberté à la ménopause, et les transmettent ensuite.
Le Yuwipi soigne à l’aide du pouvoir des pierres. Il peut franchir les distances géographiques par la télépathie et le fossé du temps par la conscience du passé, du présent et de l’avenir.
Le Waayatan maîtrise les pouvoirs des rêves et des visions. C’est pourquoi il peut lire dans le destin des hommes.
Le Wapiya guérit les maladies de la lymphe, du sang, des nerfs. Il est aussi capable de contrôler ce que font les autres hommes-médecine. Le destin du Wapiya est extraordinaire. C’est lui qui porte le poids le plus lourd, et personne ne devient Wapiya sans courir les plus grands risques. En effet, le Wapiya est un guérisseur, mais aussi un envoûteur. Il peut provoquer la maladie, et lui seul pourra la chasser. Il est déchiré entre les deux pôles de sa personnalité. D’un côté, il peut guérir les gens, de l’autre, il s’acharne à les blesser.
Le Winkte se reconnaît facilement. Si c’est un homme-médecine, il se traversit en femme, Si c’est une femme, elle se déguise en homme. C’est à lui qu’on fait généralement appel pour donner un nom aux bébés.
Le Wicasa Waka, enfin, réunit entre ses mains les pouvoirs des six autres homme-médecine dont il a, dans son passé, pratiqué l’art. Son nom signifie « Homme sacré ».
Dans tous les cas, les pouvoirs de l’homme-médecine sont hérités de la femme-élan, qui vint il y a dix-neuf générations nous enseigner que toute physiologie humaine repose sur quatre substances : l’eau le maïs, les baies et la viande. C’est pourquoi, lors de certaines cérémonies de guérison, nous plaçons sur un autel des récipients contenant ces matières. C’est aussi pourquoi nous jouons d’un certain tambour, en chantant le chant de la femme-élan. Il faut surtout comprendre que l’homme-médecine n’est en réalité que le réceptacle, le truchement de l’Esprit-Médecine.
Source « La leçon indienne, Les secrets d’un homme-médecine, Entretiens avec Wallace Black Elk, éd. Michel Lafon

J’ai vécu mon éveil de chaos en chaos, au delà de mon ex-maître, dans l’intimité de mon âme, accepter cette révélation était une tâche beaucoup plus ardue que de se soumettre à lui. Se mettre à genoux pour le déifier, j’en étais capable comme les autres, faire semblant n’est pas si difficile, je me rebellais car j’étais dans mon personnage.
Face à la vérité de mon cœur, à l’absolue évidence que mon âme était une étincelle du divin, sans pouvoir l’expliquer, sans pouvoir même l’entendre, je n’ai pas eu le choix, j’étais à la dernière frontière et tout a explosé.

C’est loin de leurs miroirs, dans la solitude, maître absolu, que je me suis regardée en face et ENFIN j’ai traversé la nuit noire de mon âme.

« Plus les choses divines sont en soi claires et manifestes, plus elles sont naturellement obscures et cachées à l’âme. Il en est ici comme de la lumière naturelle : plus elle est claire, plus elle éblouit et obscurcit la pupille du hibou ; plus on veut fixer le soleil en face, et plus on éblouit la puissance visuelle et on la prive de lumière (…). De même quand cette divine lumière de la contemplation investit l’âme qui n’est pas encore complètement éclairée, elle produit en elle des ténèbres spirituelles», Saint Jean de la Croix.

J’ai arrêté de me consumer dans mes ténèbres, de renaître de mes cendres en continu tel un phénix rayé. La lumière était là, elle ne brûlait plus, elle éclairait tout simplement. J’ai commencé à marcher sur ma route.