Rien qu’une espèce de chose dans son rêve

« Par où commencer maintenant que tout est fini ? Comment expliquer par quelles errances passent les chemins de ma liberté ?

J’ai désiré être libre, toujours, sans savoir ce que cela voulait dire, plus amoureuse de l’idée, que pratiquant au quotidien cette liberté. Croyant aux lanternes et aux vessies d’un ordinaire trop terne pour pouvoir le vivre sereinement, le pimentant de-ci delà de touches colorées qui ne changeaient pas grand chose mais qui me permettaient de supporter les jours insignifiants d’une vie banale.

Comédienne de mes propres désirs, je mettais en scène ma vie.

J’errais sans y toucher, détachée, légère en apparence, submergée par des envies d’en finir, parfois tellement fortes que je ne croyais plus jamais pouvoir les étouffer, par vague je me noyais. Puis je respirais à nouveau. J’ai passé une grande partie de cette vie à moitié sous l’eau.

La liberté tant espérée, ce sentiment de pouvoir vivre sans entrave, sans chaine ni licou, je n’ai fait que passer à côté, la regardant avec envie mais incapable de la vivre vraiment, hypnotisée par la peur de sortir du rang, de ne pas être celle qu’on attendait que je sois, une femme coupée en deux. Une tête tiroirs à peurs, sur un corps chaudière à bois. Le tiraillement, sans cesse, l’envie de vivre et d’en finir.

Puis j’ai rencontré un Maître.

Durant huit ans j’ai suivi ce Maître.

Dès notre première entrevue, je l’ai considéré comme tel, ou plutôt ma considération pour lui l’a matérialisé Maître à mes yeux, même si je n’avais que peu d’idées de ce que cela voulait dire et que j’étais d’emblée contre. J’étais contre tout, de toute façon !

Il ne se présentait pas vraiment ainsi, plutôt comme un guide spirituel et un chaman. Pour ses adeptes n’en parlons pas, c’était Dieu.

Mais en bonne maso du paradoxe, j’y suis allée, tête baissée et dès le début j’ai adhéré, à fond, avec toutes mes contradictions en bandoulière.

J’allais enfin rencontrer les chemins de ma liberté, qu’il disait, je n’arrivais pas à y croire mais je voulais essayer.

C’est en quittant son enseignement huit ans plus tard, que ma véritable initiation a commencé et n’a cessé de se mettre en place durant toute l’année qui a suivi mon départ, de chaos en chaos, j’ai compris que j’avais la faculté d’être libre sans lui et malgré ses nombreuses attaques.

Alors qu’en le quittant je le considérais encore comme un Maître, il s’est, par d’actes multiples et sans masque, montré comme l’homme qu’il était.

Un homme, juste un homme.

Et pourtant, s’il n’avait été dans ma vie, rien n’aurait remarquablement changé. Bon an mal an, j’aurais traîné ma carcasse de petits oh ! En petits ah ! M’approchant parfois de près aux désirs profonds qui m’habitaient.

Là, ça a été la grande claque dans la gueule, dés le début, en voiture Simone ! Plus de repères, du kilomètre d’inconnus, du changement. Même sans le vouloir ça change !

Puis au bout de 8 ans, un tiraillement, qui tiraillait depuis quelque temps déjà, de vaguelettes est devenu gros rouleaux puis énorme tempête.

Se barrer vite vite, quitter le navire avant que ça ne tourne mal.

Comme un pressentiment de gros barrage en couille, de délirium tremens duquel je devais me réveiller !

Et pourtant.

J’avais gagné ma place au sein de son enseignement, une place plutôt confortable de grande gueule qui se la joue perso, je n’avais que quelques personnes dans le groupe avec qui j’avais tissé des bouts d’amitié mais j’étais populaire, je faisais partie de la garde rapprochée du Maître, si proche que dans de nombreux échanges que nous avons eu ensemble, il m’avouait me considérer comme son alter ego féminin.

Le flip, l’angoisse, je savais d’instinct que c’était impossible, car même si c’était sa vérité, aucune parcelle de mon énergie ne pouvait accepter d’être lui.

Si mon ego. J’étais donc Maître moi aussi !

Puisque c’est cela qu’il a nourri au cours de ces 8 années.

« Je vais mettre ton ego à sac», le mantra qu’il offrait comme cadeau à l’écrin de ma rédemption.

Mon ego d’une manière ou d’une autre débordait d’une bile jaunâtre de peur, de celle que je connaissais depuis toujours, celle de perdre ma place, moi moi moi.

Ne sachant vivre que paradoxalement, j’ai choisi de partir au moment où mon foie ma foi, m’indiquait en grosses lettres rouge l’issue de secours pendant que mon ego préparait son couronnement.

Et pour une fois, je suis partie sans tambours, ni trompettes, en toute discrétion.

Courageuse mais pas téméraire, je lui ai appris par mail, en deux lignes que je quittais son enseignement car il était temps de me confronter seule aux mondes et aux capacités qu’il avait développés en moi.

J’ai eu la naïveté de croire que ça allait passer comme une lettre à La Poste.

J’ai quand même attendu la réponse avec appréhension, « quel scud je vais me prendre dans la tronche ! ». Ce fut un mail plutôt circonspect, avec quelques attaques, « c’est ton ego qui parle, tu pars mais pour qui tu te prends, tu n’es qu’au début de ton apprentissage mais je respecte ton choix bien que tu te fous le doigt dans l’oeil», du léger connaissant la bête.

Ca m’a plu, c’était fait, vite fait bien fait, en plus, je venais de retrouver un homme charmant, la vie m’appartenait, youpi tagada tsoin tsoin, j’allais retâter des plaisirs terrestres !

Ce doux rêve fut court mais intense.

Dans les heures qui ont suivi, les scuds ont commencé à pilonner mes châteaux en Espagne. Il m’a appelé aussi, les scuds toujours mais le son en plus.

Grosso modo j’allais payer cher ma décision, il m’avait présenté la facture et elle remontait à plusieurs vies.

Mais reprenons l’histoire à son début, du temps où il était encore mon maître.

Et des multiples cartes qu’il a laissé apparaître au creux de mes mains.